Mars 2025 ~ Echappée nordique et amitiés florissantes
L’année avançant, le rythme d’activités grandissait également. Ainsi, ne serait-ce qu’avec ce mois-ci, la densité des événements que je souhaite vous partager a augmenté, et donc l’article devrait s’en retrouver davantage garni.
Excursion nordique entre Iwate et Akita
Avec Grégoire, nous sommes partis sur un week-end dans le Tōhoku (littéralement « nord-est » en japonais), seconde chance donc pour moi de parcourir cette région après ma mésaventure de janvier. Nous avons donc débuté par la ville de Morioka, capitale de la préfecture d’Iwate. Cette ville a connu un véritable essor avec le début de l’ère Meiji. Nous sommes notamment passés par l’un des bâtiments emblématiques de la ville, la banque historique. Cette banque est un parfait exemple architectural de l’ère Meiji. Elle fut d’ailleurs fondée en 1911, avant la fin de cette ère dite « Meiji », avant de mettre la clé sous la porte en 1933 suite aux conséquences du krach boursier de 1929. Pour rappel, l’histoire japonaise est souvent divisée en ères, selon les règnes des empereurs. Ainsi, l’ère Meiji est nommée d’après le nom posthume de l’empereur qui a régné entre 1868 et 1912, et signifie « gouvernement éclairé », car c’est sous ce gouvernement que le Japon se réouvre au monde et qu’il y a une réelle restauration de l’Empire japonais. Pour en revenir au bâtiment dont je vous parlais, il sera, après la faillite de la banque qui l’avait construit, acquis par la préfecture pour en faire le siège de sa banque régionale.
Nous sommes ensuite allés visiter le musée d’art d’Iwate, qui abrite les œuvres d’artistes locaux et internationaux du XXe siècle. Ce qui nous a surtout marqués avec Grégoire fut de voir toutes les œuvres de Funakoshi Yasutake, et notamment les répliques des statues des 26 martyrs de Nagasaki que nous avions déjà vues, …, à Nagasaki !





La fin de cette journée fut un trajet vers l’ouest afin de rejoindre la préfecture d’Akita et notre ryokan bordant le lac Tazawa. Un trajet en train absolument magnifique, car traversant des forêts montagneuses plongées sous la neige. Comble du bonheur, à notre arrivée, nous avons pu profiter du rotenburo (onsen extérieur), qui donnait sur le lac, avec une fenêtre en bois permettant d’admirer la vue depuis le bassin. Puis, comme dans tout ryokan, vous savez qu’un excellent dîner vous attend à la suite de ce divin bain. Ce dîner fut particulièrement incroyable, chaque plat sublimant le précédent et mettant plus qu’à l’honneur les produits de la région. Ce fut une véritable avalanche de découvertes gustatives ! Pour couronner le tout, j’y ai découvert ce que je pense être l’un de mes nihonshū (sakés) préférés. Parfaitement marié aux différents mets du soir, car sec, avec de fortes touches florales et épicées — bref, un vrai coup de cœur !






Avant de rentrer, nous avions décidé de nous rendre à Kakunodate. Il s’agit d’une ancienne ville de samouraïs qui a su préserver tout son quartier historique. En effet, il n’y a eu ni incendies ni séismes qui auraient pu justifier la disparition de ce quartier. Nous avons donc pu parcourir certaines de ces vieilles demeures. En somme, une vraie plongée dans l’histoire japonaise. Ne serait-ce qu’avec certaines fenêtres et portes, nous pouvions situer l’époque et l’originalité architecturale, à savoir les époques Edo et Meiji. En effet, ces ouvertures en accordéon étaient présentes afin de prévenir tout incendie et empêcher le feu de rentrer. L’une des plus grandes découvertes de cette ville fut une boutique artisanale en marge du quartier historique. Ce magasin proposait à la vente du mobilier et des accessoires faits avec la technique du kabazaiku. Il s’agit de superposer plusieurs couches d’écorce de cerisier pour créer des accessoires du quotidien comme des boîtes à thé ou bien des meubles. J’ai failli craquer pour un meuble qui me semblait parfait pour y mettre ma platine ! Finalement, les difficultés logistiques et le prix du transport jusqu’à la France m’ont convaincu de ne pas le prendre. Mais qui sait ? Peut-être ai-je conservé le contact de ce magasin…








今は花見の時!
Et oui, il est temps d’aller admirer les cerisiers ! Cette année, j’y suis allé dans un premier temps avec mes collègues VIE de Forvia avant de profiter en solitaire de leur beauté si éphémère. Dans mon quartier, la rivière est jonchée de cerisiers et, à leur floraison, tout le quartier renaît. Il s’anime alors, et c’est donc triste de ne pas profiter de cette période si enchantée lorsque l’on est habitué toute l’année à passer proche de ces arbres presque tous les jours.
J’en ai également profité pour prendre quelques vidéos de l’atmosphère pour un projet que j’ai réalisé et dont je vous parlerai lors du prochain article…




Pêle-Mêle

En voyage professionnel pour présenter nos technologies au constructeur automobile Suzuki, nous nous sommes arrêtés au retour dans la ville d’Hamamatsu pour y goûter sa spécialité : l’unagi !
2025 étant une année jubilaire pour les catholiques, il nous est recommandé de réaliser un pèlerinage jubilaire cette année-là. Si historiquement les pèlerinages jubilaires avaient lieu uniquement à Rome, désormais chaque diocèse consacre des Portes Saintes destinées aux pèlerins. Nous nous sommes donc rendus en paroisse à la cathédrale Sainte-Marie de Tokyo.

La cathédrale Sainte-Marie de Tokyo date de 1964 et est fortement inspirée du brutalisme et du Corbusier. Si l’on reste dans l’architecture de Le Corbusier, je suis allé à une exposition sur l’architecture moderne du quotidien, des années 20 aux années 70. Le café de ce musée est par ailleurs connu pour une apparition dans un film très populaire, Your Name.



Je me suis essayé à la cuisine japonaise avec plus ou moins de succès pour ce plat d’oyakodon (qui signifie littéralement « bol de riz parent/enfant », car il y a du poulet et des œufs !). Je vous assure que le goût était plus convaincant que l’apparence !

Mars étant situé pile six mois avant la fin de mon VIE, j’ai eu à discuter avec mes managers vis-à-vis du futur. S’ils s’attendaient à ce que l’on discute d’un futur au Japon, je les ai surpris en leur annonçant que je pensais rentrer. Leur étonnement m’a vraiment fait chaud au cœur, car cela prouvait qu’ils étaient satisfaits de mon travail et qu’ils souhaitaient me garder ! Cette décision n’a pas été simple car, quand bien même elle m’apparaissait évidente, je savais que de nombreuses opportunités s’offraient à moi si je restais, et que ces deux ans au Japon ont été absolument fantastiques, et que j’y étais pleinement heureux. Avec le recul, je sais que c’est aussi parce que j’étais avec un contrat à durée déterminée et donc que je n’avais pas besoin de me projeter à long terme, et la liberté de rentrer au bout d’un an, deux ans, ou même de rester !
Des nouveaux !
Alors que, doucement mais sûrement, mes derniers mois en terre nippone s’égrenaient — mon départ étant prévu pour septembre — de nouveaux VIE sont arrivés dans mon entreprise. En février et mars, trois nouveaux m’ont permis de redynamiser mon quotidien et donc de profiter pleinement du Japon avant mon départ. Ainsi, en février, ce sont Émilie et Augusta (oui, mon homonyme féminin !) qui nous ont rejoints, puis en mars, Antoine. Leur excitation et leur entrain à découvrir le Japon m’ont permis d’amorcer un nouveau cycle de découvertes et d’appréciation du Japon.
Rétrospectivement, je suis passé par plusieurs phases au Japon : l’excitation de la découverte, l’appréciation du quotidien, le doute lié aux départs de certains proches amis, un second souffle de curiosité puis enfin une forme de pré-nostalgie lorsque j’étais sur le point de rentrer — mais ce sera le sujet d’articles futurs. Ces différents états m’ont donc aidé à prendre du recul sur mes perceptions et mon regard sur ce que je vis au Japon, mais également à enlever tout jugement sur ce que peuvent ressentir les autres, car je suis persuadé qu’en deux ans je suis passé par les mêmes phases ! La seule phase qui m’a été épargnée est celle de l’écœurement et du mal du pays ; je sais combien j’ai été chanceux de ne jamais vivre ce mal-être qui est vraiment difficile à traverser.
Alors qu’ici se conclut l’article du mois de mars, préparez-vous à découvrir lors du prochain article un projet qui fut tout à fait chronophage et qui a occupé le plus clair de mon temps en avril.
Bien à vous,
Augustin Duflos de Saint Amand.


